Archives mensuelles : février 2016

Vadim Doubovski: RamzanKa Dyrov – votre héros!

Le titre de cette chanson est à peu près intraduisible, en changeant simplement la césure du nom du leader Tchétchène on obtient quelque chose comme « le petit Ramzan des trous ». Et de même en russe on peut faire jolies rimes entre héros et hémorroïdes ce qui ne rend pas aussi bien en français.

Вадим Дубовский Рамзанка Дыров – ваш герой! Автор музыки – А. Н. Пахмутова
Рамзанка Дыров – ваш герой!
В шестнадцать лет он, очень рано,
Вас начал резать , как баранов.
Гордятся Грозный, Центарой:
Убийца русских – ваш герой!
RamzanKa Вyrov – votre héros!
A seize ans, très tôt,
Il a commencé à vous égorger comme des moutons.
Fier de Grozny, Tsentaroy:
Le tueur de Russes, c’est votre héros!
Рамзанка Дыров – ваш герой!
Служил всегда он очень рьяно,
И был начальником охраны.
Не зря Рамзанка – генерал.
Отца на службе проморгал.
Ramzanka Dyrov – votre héros!
Il a toujours servi avec grand zèle,
Et était le chef de la sécurité.
Ce n’est pas pour rien que Ramzanka est général.
Son père a foiré en service.
Припев:
Не просто спорить с дикарём,
Небезопасно спорить с психопатом.
Будь хоть российским депутатом –
Сожгут дотла твой дом родной! Ой! Ой!
Refrain:
C’est pas juste discuter avec un sauvage,
Il est dangereux de discuter avec un psychopathe.
Fusse-t-il député de Russie –
On brûle votre maison paternelle de fond en comble!
Рамзанка Дыров – ваш герой!
Сидит “крымнаш” зимой без света,
Но зато Грозного бюджету
Давно завидует Москва.
Рамзанка Дыров – голова!
Ramzanka Dyrov – votre héros!
La Crimée qu’est à nous passe l’hiver sans électricité,
Mais d’un autre coté le budget de Grozny
Ca fait longtemps que Moscou en est jaloux.
Ramzanka Dyrov, c’est notre chef!
Рамзанка Дыров – ваш герой!
Взимая дань со всей России,
Предпочитает жить “красиво” –
Конюшни, псарни и дворцы,
И личной гвардии бойцы!
Ramzanka Dyrov – votre héros!
Percevant un tribu de toute la Russie,
Il préfère vivre dans le luxe –
Des écuries, des chenils et des palais,
Et une garde personnelle de soldats!
Припев:
Не просто спорить с басмачом,
Но бесполезно спорить с “падишахом”,
Что возомнил себя Аллахом
Пастух, безграмотный ковбой! Ой! Ой!
Refrain:
C’est pas juste discuter avec un « basmatch »
Mais il est inutile de se disputer avec un « padischah »
Qui se fait passer pour Allah
Auprès des bergers et des cow-boy analphabètes! Oy! Oy!
Рамзанка Дыров – ваш герой!
Он – академик, он – учёный,
В делах научных искушённый.
Спросите: “В области какой?”,
Ответит он: “Собачий бой”.
Ramzanka Dyrov – votre héros!
Il est académicien, il est scientifique
Expert en affaires scientifiques.
Vous posez la question: «En quoi? »
Il répondit: « En combat de chiens ».
Рамзанка Дыров – ваш герой!
Он оппозиции грозится
Психиатрической больницей,
А сам – на голову больной!
Он – всей России геморрой!
Рамзанка Дыров – геморрой России!
Ramzanka Dyrov – votre héros!
Il menace l’opposition
Avec les hôpitaux psychiatriques,
Et il – sur la tête du patient!
Il est l’hémorroïde de toute la Russie!
Ramzanka Dyrov c’est hémorroïde de la Russie!

Krasnaya Plesen: Bonne fête du 23 février!

Difficile de passer à coté en Russie. Le 23 février c’est la fête des hommes, on leur offre de la mousse à raser, des accessoires pour la voiture, des cosmétiques pour homme, des armes ou n’importe quoi qui fassent bien masculin…
L’idée de base est de contrebalancer le 8 mars qui est comme chacun sait la journée internationale de la femme, que l’on a su habilement transformer en « journée des femmes ». L’idée étant de tordre le cou à toute velléité féministe pour oublier le droit des femmes sous un déluge de fleurs et de cadeaux divers. On a donc transformé la journée de l’armée rouge en journée des hommes. Le nom officiel est « journée des défenseurs de la patrie » mais en réalité c’est un déluge consumériste placé entre la saint Valentin et la journée des femmes pour célébrer la chair à canon, les punks de Krasnaya Plesen ne pouvaient donc passer à coté de cette fête.

Красная плесень – С 23 февраля
Стреляют пушки, пулеметы,
Ракеты с минами летают.
А в небе храбрые пилоты,
Друг друга мастерски сбивают.
Ревут снаряды, рвутся мины,
Лежат повсюду трупов горы,
И танки с колосальным скрипом
Сметают мирные заборы.
Les cannons et les mitrailleuses tirent,
Les fusées et les mines volent.
Et dans le ciel les braves pilotes,
S’abattent l’un l’autre comme des maîtres.
Les projectiles vrombissent, les mines éclatement
De partout gisent des montagnes de cadavres,
Et les tanks avec des grincements colossaux
Enlèvent de pacifiques clôtures.
Припев:
А генерал зажавший власть
Склонился над военной картой.
Вот это понимаю праздник,
Не то что, блять, 8 марта.
С 23 февраля поздравляем мы вас, бля,
С 23 февраля!!!
С 23 февраля поздравляем мы вас, бля,
С 23 февраля!!!
Refrain:
Et le général serrant le pouvoir
S’est penché sur la carte militaire.
Voilà, je comprends ce jour férié,
Ce n’est pas ce putain de 8 Mars.
Bonne fête du 23 Février, putain,
Bon 23 Février !!!
On vous souhaite un bon  23 Février, putain,
Bon 23 Février !!!
Фугасы весело красиво
Дома на щепки разрывают.
По красочности фейерверка,
Новый год здесь отдыхает.
Вот в воздух полетел задорно,
Сапер с собачкой и лопатой.
Да не беда, ему на смену
Пришлют две новые собачки.
De bien belles et joyeuses ogives
Réduisent les immeubles en petits morceaux.
Comme un feu d’artifice coloré,
Le Nouvel An se repose ici.
Voilà que vient de voler d’un air provocant,
Un démineur avec un chien et une pelle.
Mais ça n’a pas d’importance, il a été remplacé
On a envoyer deux nouveaux chiens.
Припев:
А генерал зажавший власть
Склонился над военной картой.
Вот это понимаю праздник,
Не то что, блять, 8 марта.
С 23 февраля поздравляем мы вас, бля,
С 23 февраля!!!
С 23 февраля поздравляем мы вас, бля,
С 23 февраля!!!
Refrain:
Et le général serrant le pouvoir
S’est penché sur la carte militaire.
Voilà, je comprends ce jour férié,
Ce n’est pas ce putain de 8 Mars.
Bonne fête du 23 Février, putain,
Bon 23 Février !!!
On vous souhaite un bon  23 Février, putain,
Bon 23 Février !!!

Maria Manenko -Liza Oumarova: Khaibakh

720c228234c8905ba0c62c14754c96a4C’est aujourd’hui le jour anniversaire de la déportation du peuple Tchétchène-Ingouche du 23 février 1944.

Liza Oumarova est une barde Tchétchène, elle a consacrée une chanson à la tragédie de Khaibakh du 23 février 1944, le texte est de Aria Manenko. Pour ceux qui sont intéressés par l’histoire de ce massacre de civils, un film des studio Grozny Film est sorti en 2014 sur ce sujet: « ordre d’oublier ». On peut voir la version russe en ligne.

Мария Маенко -Лиза Умарова – Память Хайбаха
В горных ущельях эхо звучит
Гулким набатом
С каждым ударом в сердце стучит
Пепел Хайбаха.
Небо Хайбаха горьким дождем
Плачет по мертвым
По убиенным страшным огнем
В 44-ом.
Dans les étroites vallées de la montagne gorges un écho retentit
Un tocsin retentissant
Avec chaque coup, dans le cœur battent
Les cendres de Khaibakh.
Le ciel de Khaibakh d’une pluie amère
Pleure sur ses morts
Ceux qui ont été tués par un terrible incendie
En 44.
Но на рассвете судного дня
Встаньте из праха!
Встаньте из пепла, дыма, огня,
Души Хайбаха.
Очи Хайбаха в лица живым
Смотрят сквозь пламя
Всем убиенным душам святым
Вечная память
Вечная память
Вечная память…
Mais à l’aube, le jour du jugement dernier
Vous renaîtrez de vos cendres!
Vous renaîtrez des cendres, de la fumée, du feu,
Les âmes de Khaibakh.
Les yeux de Khaibakh vivent sur les visages
Et voient à travers les flammes
Toutes les âmes saintes assassinées
Mémoire éternelle
Mémoire éternelle
Mémoire éternelle …

Mirko Sablich: « Labouten Crimée Printemps –

gelendjikLe clip de Leningrad sur les Louboutins est devenu un véritable phénomène de société avec 45 millions de vues (alors que les clips précédents du groupe tournaient autour de 5 à 7 millions). C’est donc tout à fait naturel que Mirko Sablich s’en inspire pour décrire le processus impérialiste qui coule la Russie contemporaine en niant l’existence du peuple Ukrainien.

Précisons tout d’abord que Vova est un diminutif pour Vladimir, que Novo-Ogaryovo est la résidence officielle du président Russe, que Gelendjik est le gigantesque palais dont on est sensé à la fois de parler pour faire verdir de jalousie tous les milliardaires du monde entier et ne pas parler parce que ce n’est pas légal, les BTR sont des blindés de transport de troupes, le « monde russe » est l’idée qui soutient l’impérialisme, чердак c’est la tête de façon familière, c’est à dire la caboche, le ciboulot, le citron…

Les Banderas ou banderistes sont les Ukrainiens qui refusent l’occupation russe, du nom de Stepan Bandera (on trouve aussi comme synonyme Mazepiste ou Petlouriste) La Vata c’est l’ensemble des Vatniks, le personnage de beauf post-soviétique sur lequel s’appuie le mouvement impérialiste.

Мирко Саблич — « Лaбyтeны Крымской Весны » — Пародия от украинцев — На БТРах, нах
Подумал как-то Вова
Из Ново-Огарёво,
Что жизнь течёт хреново,
Умаялся мужик,
Il pensait le Vova
Depuis Novo-Ogaryovo,
Que c’était une vie de merde
Et le mec il s’était fatigué,
И стал кумекать Вова,
Что б замутить такого,
Чтоб Ново-Огарёво
Сменить на Геленджик.
Et le Vova, il a commencé à cogiter,
Qu’il pourrait s’arranger pour que,
Novo-Ogaryovo
Soit changer en Gelendjik.
На бэтээрах нах и с русским миром в чердаках,
Мочить бандеров нах благословил нас Патриарх,
За ДНР-у нах всех расхерачим в пух и прах,
СССР-ом нах зареет наш имперский флаг,
Вот так!
Sur des véhicules blindés, putain et avec le monde russe dans la caboche,
Le patriarche nous a bénis pour aller buter les Banderas,
Pour la DNR on va tout foutre en l’air,
En URSS notre drapeau impérial a commencé à flotter,
Voilà tout!
Было весело нам пока,
Нефтебаксов текла река,
Пока рубль к доллару рос
Пистолетом держали хвост,
Alors on trouvait ça drôle,
Il y avait une rivière de pétrodollars qui s’écoulait,
Quand le rouble  grimpait face au dollar
On se tenait la queue avec le pistolet,
Но когда скоммуниздили Крым,
Стал наш мир принципиально другим,
Закошмарив чужую страну,
Мы пустили свою ко дну.
Ко дну!
Mais quand on a piqué la Crimée,
Notre monde est devenu fondamentalement différent,
Ayant fait  rendu un autre pays un cauchemar,
Nous avons laissé filer le notre vers le fond.
Vers le fond!
Российские солдаты,
Отбросы местной ваты,
И пара депутатов
Сыграли маскарад:
Des soldats russes,
Les déchets de la Vata locale,
Et deux députés
Ont joué la mascarade:
Подделали ребята,
Опроса результаты,
И с липовым мандатом
России влезли в зад.
Les gars ont falsifié,
Les résultats du sondage
Et avec un faux mandat
La Russie a grimpé par derrière.
На бэтээрах нах и с русским миром в чердаках,
Мочить бандеров нах благословил нас Патриарх,
За ДНР-у нах всех расхерачим в пух и прах,
СССР-ом нах зареет наш имперский флаг,
Вот так!
Sur les véhicules blindés et du monde russe dans les greniers,
Le patriarche nous a bénis pour aller buter les Banderov,
Pour la DNR on va tout foutre en l’air,
En URSS notre drapeau impérial a commencé à flotter,
Voilà tout!
Было весело нам пока,
Нефтебаксов текла река,
Пока рубль к доллару рос
Пистолетом держали хвост,
Alors on trouvait ça drôle,
Il y avait une rivière de pétrodollars qui s’écoulait,
Quand le rouble  grimpait face au dollar
On se tenait la queue avec le pistolet,
Но когда скоммуниздили Крым,
Стал наш мир принципиально другим,
Разжигая у вас войну,
Роем-сами-себе-яму
Mais quand on a piqué la Crimée,
Notre monde est devenu fondamentalement différent,
En attisant la guerre
On creuse sous-même notre propre tombe
А после, для отмазки,
Москва всем строит глазки,
Рассказывает сказки,
Мол «мы тут ни при чём»,
Et puis après, pour des prétextes,
Moscou joue des yeux doux,
Et raconte des bobards
Ils prétendent qu' »ils n’ont absolument rien à voir avec ça »
Что термин «украинцы»
Придумали австрийцы,
А есть – малороссийцы,
И Кремль – их отчий дом.
Que le terme « Ukrainiens »
A été inventé par les Autrichiens,
Alors qu’en réalité il n’existe que des petits-russiens,
Et le Kremlin c’est leur maison paternelle.
На бэтээрах нах и с русским миром в чердаках,
Мочить бандеров нах благословил нас Патриарх,
За ДээНэРу нах всех расхерачим в пух и прах.
Эсэсэсэром нах зареет наш имперский флаг,
Вот так!
Sur des véhicules blindés, putain et avec le monde russe dans la caboche,
Le patriarche nous a bénis pour aller buter les Banderov,
Pour la DNR on va tout foutre en l’air,
En URSS notre drapeau impérial a commencé à flotter,
Voilà tout!
Было весело нам пока,
Нефтебаксов текла река,
Пока рубль к доллару рос
Пистолетом держали хвост,
Alors on trouvait ça drôle,
Il y avait une rivière de pétrodollars qui s’écoulait,
Quand le rouble grimpait face au dollar
On se tenait la queue avec le pistolet,
Но когда скоммуниздили Крым,
Стал наш мир принципиально другим,
Закошмарив чужую страну,
Мы идем ко дну, мы идем ко дну, мы идем ко дну, мы идем ко дну
Ко дну!
Mais quand on a piqué la Crimée,
Notre monde est devenu fondamentalement différent,
En faisant un cauchemar dans un autre pays
On coule vers le fond, on va vers le fond, on va vers le fond, on va vers le fond
Par le fond!

Macha Fogel: Quelques heures cruciales dans le dojo du président de la Grande Russie

C’est une chose terrible que d’aimer tant la guerre sans jamais l’avoir faite.
J’ai servi mon pays autrement. Je me suis acquitté de mon devoir sans armes, c’est vrai, mais non sans combattre. J’aurais pu devenir une simple petite frappe, passer des années en prison, ou encore m’enrichir comme un vulgaire escroc. Mais il se trouve que tout s’est passé autrement. Je me suis apprivoisé. En définitive, j’ai appris à faire ce que j’avais à faire. Cette préférence pour l’action je l’ai acquise à mes premiers maitres de judo. De consciencieux pédagogues ont su m’attraper juste à temps. à cet âge où le destin offre à nos personnalités déjà bien formées le choix entre plusieurs voies sur lesquelles s’engager.

J’enfile mon kimono, guettant de l’œil la porte du vestiaire. J’attends un document très important, le premier d’une série que j’ai commandé à l’un de mes collaborateurs les plus loyaux, mon vieil ami Volkov, que je surnomme « le louveteau » . Un agent spécialement choisi pour cette tâche va me l’apporter. Je suis préoccupé: il s’agit après tout d’organiser le futur du pays et de sceller mon propre destin.

C’est ainsi que commence le premier roman de Macha Fogel Quelques heures cruciales dans le dojo du président de la Grande Russie à peine sorti il y a quelques semaines. Cela promet d’être intéressant, que se passe-t-il dans sa tête lorsqu’il monte sur un tatami? et qu’il prépare sa propre succession comme un empereur romain, ou comme le premier russe à porter le titre d’Imperator, Pierre le Grand? (bon, Pierre Ier est surement un très mauvais exemple, sa mort est plutôt stupide et prosaïque). Car le Président de la Grande Russie imaginé par Macha Fogel veut avant tout quitter la scène et la vie tout en poésie comme un vrai empereur romain.

« Je dois rester encore longtemps au pouvoir. Pierre le Grand a eu besoin de plusieurs dizaines d’années pour hisser le pays à hauteur de l’occident et pour emporter contre ces nations des succès décisifs. Mais moi, qui suis-je? Pierre le Grand ou bien Ivan le terrible? des années redoutables ont suivi la mort du tsar Ivan. Il faut à tout prix éviter de nouveaux temps troubles. Mais enfin qui me succédera? Ma fille cadette, Ioulia? l’Aînée Anya? Après avoir étudié les mœurs néerlandaises, telle Pierre en son temps reviendra-t-elle sauver la patrie? Ma concubine, la petite Véra elle est trop peu armée. N’importe quoi! alors qui? L’un de nos riches marchands? ou bien un boyard des services secrets?

Ah oui, il faut le dire tous les noms sont changés. C’est peut être l’éditeur qui a peur de recevoir des menaces et qui a changé tous les noms des personnages provoquant un véritable ridicule. Il faut dire que lorsque l’on parle de Judo, Sambo et de Léningrad, l’omerta est croit-on la meilleure garantie pour rester vivant. Toute ressemblance avec un personnage existant est donc écartée, il y eu tellement de présidents différents en Russie qui font du judo et qui rêvent de Grande Russie qu’il est impossible de deviner de qui il s’agit…  Le successeur auquel pense le personnage, s’appelle Trofimov comme le chanteur… Et il va s’associer avec Alexandre Dinikine un salaud au regard de psychopathe qui tente plus ou moins depuis six ans d’unifier l’opposition…

On l’aura compris il s’agit d’un regard flou, parisien, complaisant et romantique sur la Russie contemporaine. La Russie et la figure du président russe attire les écrivains français. On pourrait citer Marc Dugain avec Une exécution ordinaire ou encore Bernard Chambaz avec Vladimir Vladimirovitch. La difficulté de l’exercice que s’est donnée Macha Fogel s’est d’entrer dans la tête de Vladimir Poutine, d’écrire son monologue intérieur. C’est une tâche vouée à l’échec ou au mensonge lorsque l’on est une femme, jeune, française, n’ayant jamais connu l’union soviétique… et que les lecteurs sont tout aussi éloignés du monde soviétique. Et même peut être plus,, encore car après tout, l’auteur a vécu à Moscou et travaillé pour la chaine « la voix de la Russie ». La tâche est donc impossible. Mais le propre de la littérature de fiction et de « l’écriture de soi » imaginée est de faire des œuvres fausses mais cohérentes qui apportent quelque chose d’humain au lecteur. Si l’on prend par exemple le livre de Marguerite Yourcenar Mémoires d’Hadrien, suivi de Carnets de notes de Mémoires d’Hadrien, il n’y a pas le moindre doute qu’il s’agit de la grande littérature même si le personnage d’Hadrien est certainement éloigné du personnage historique. Aurait il vraiment écrit de telles lettres s’il en avait eu l’occasion? Non, probablement pas tout à fait, car le style et la pensée est traduit par une femme du XXième siècle pour un lecteur du XXième siècle. Et de toute façon on ne pourra pas aller vérifier.
Le problème que pose le livre sur le président de la Grande Russie, c’est que le personnage est vivant, très influent, très riche. Et il ne s’agit pas de lettre, le personnage se parle à lui même, c’est d’ailleurs dommage étant donné le potentiel de charme et de manipulation dont dispose le président russe. Utiliser un monologue intérieur aussi ennuyeux et  révulsant que les celui  des Carnets du sous-sol, alors qu’un simple regard d’un tiers aurait pu apporter du charme et de la magie au roman.

Finalement c’est pour moi une déception. Je ne sais pas ce qui a motivé Macha Fogel pour écrire ce livre sur ce thème et dans ce style et je ne saurai donc dire s’il est très réussi ou si au contraire c’est un désastre, je ne vois pas pour ce livre d’entre-deux. La réalité est tellement plus profonde et palpitante que cette fiction. Alors pourquoi? est plus romantique, plus poétique, plus parisien? Pourquoi?

LITTLE BIG -Elle est grosse

bigdikjpgJe ne pense pas qu’il soit nécessaire traduire les paroles du dernier titre de Little Big, comme l’annonce i-tunes les paroles sont explicites (sous entendu « sexuellement explicites »), mais surtout elleы sont très simples. Comme toujours Little big caricature la Russie avec des paroles en anglais, mais dans ce clip on pourrait très bien les appliquer à un autre pays car au fond être complexé sur la taille de son organe sexuel est un phénomène qu’on observe aussi dans d’autres régions du monde.
Signalons enfin que le groupe sera en tournée en France au mois de mars (4mars Lille Aeronef, 5 Sannois EMB , 6 Joué-Lés-Tours Le Temps Machine , 7 Bordeaux IBOAT, 8 Toulouse Connexion Live, 10 Perpignan Crockmore FR, 12 Dommarien La niche de chien a plumes)

Nous autres d’Evgeny Zamyatine

41XHENGS77L._SX288_BO1,204,203,200_Nous autres de Evgeny Zamyatine est un court roman de science fiction, d’anti-utopie totalitariste écrit par un ingénieur russe en 1919-1920 et qui a eu une résonance particulière au XX siècle, ne serait-ce que parce qu’il a inspiré des auteurs tels que Aldous Huxley, Ayn Rand, George Orwell…

On peut d’ailleurs lire la critique qu’en a fait Georges Orwell en 1946 (le roman 1984 sera publié en juin 1949 rappelons-le). Il est intéressant de noter que le livre était alors publié en Anglais aux USA (1924 par Gregory Zilboorg), en français à Paris (1929) et en tchèque à Prague (1927). Orwell n’a pas pu trouver de version anglaise et le déplore. Il a donc lu le livre en Français. Il note que vraisemblablement Aldous Huxley s’en est inspiré pour Brave New World (1932) (le meilleur des mondes en français).

Il existe plusieurs traductions de ce texte en anglais (1924; WE  traduit par Gregory Zilboorg, et nouvelle traduction de WE en 1993 par Clarence Brown et enfin d’une traduction toute récente de 2007 par Natasha Randall We: Introduction by Will Self).

Malheureusement en français il n’existe qu’une seule traduction publiée qui est assez éloignée du texte original, tout simplement parce qu’elle n’est pas traduite du russe mais de sa traduction anglaise. Il s’agit de celle de  Benjamin Cauvet-Duhamel (1929) publiée chez Gallimard dans la collection l’imaginaire : Nous autres,  mais trouvable un peu partout étant donné qu’elle se trouve dans le domaine public. Il existe par ailleurs une traduction contemporaine d’une des meilleures traductrices françaises, malheureusement les éditeurs se montrent frileux à la publier. Dommage!

Gallimard prétend que Benjamin Cauvet-Duhamel a traduit du russe. Il suffit pourtant d’étudier un extrait pour se rendre compte qu’il s’agit d’une tromperie. Le traducteur à retranscrit en français la version de Gregory Zilboorg publiée en 1924 qui comporte de nombreuses modifications. Sur l’extrait suivant de la note numéro 22 on se rend bien compte des problèmes que posent la traduction d’une traduction…

Замятин, Евгений Иванович мы
Мы идем — одно миллионноголовое тело, и в каждом из нас — та смиренная радость, какою, вероятно, живут молекулы, атомы, фагоциты. В древнем мире — это понимали христиане, единственные наши (хотя и очень несовершенные) предшественники: смирение — добродетель, а гордыня — порок, и что « МЫ » — от Бога, а « Я » — от диавола. We walked again-a million-headed body; and in each one of us resided that humble joyfulness with which in all probability molecules, atoms, and phagocytes live.
In the ancient days the Christians understood this feeling; they are our only, though very imperfect, direct forerunners. The greatness of the « Church of the United Flock » was known to them. They knew that resignation is virtue, and pride a vice; that « We » is from « God, » « I, » from the devil.
Notre corps aux mille têtes reprit sa marche et en chacun de nous régnait cette joie mesurée que connaissent sans doute les molécules, les atomes et les phagocytes. C’est ce qu’avaient autrefois compris les Chrétiens, nos uniques prédécesseurs, quoique bien imparfaits. Ils connaissaient la grandeur de l’église « du seul troupeau » et, s’ils savaient que l’humilité est une qualité et l’orgueil un vice, nous savons que « Nous » vient de Dieu et « moi » du diable.
Вот я — сейчас в ногу со всеми — и все-таки отдельно от всех. Я еще весь дрожу от пережитых волнений, как мост, по которому только что прогрохотал древний железный поезд. Я чувствую себя. Но ведь чувствуют себя, сознают свою индивидуальность — только засоренный глаз, нарывающий палец, больной зуб: здоровый глаз, палец, зуб — их будто и нет. Разве не ясно, что личное сознание — это только болезнь? I was walking, keeping step with the others yet sep.. arated from them. I was still trembling from the emotion just felt, like a bridge over which a thundering ancient steel train has passed a moment before. I felt myself. To feel one’s self, to be conscious of one’s personality, is the lot of an eye inflamed by a cinder, or an infected finger, or a bad tooth. A healthy eye, or finger, or tooth is not felt; it is nonexistent, as it were. Is it not clear, then, that consciousness of oneself is a sickness? . Je marchais au pas avec les autres, mais, malgré tout, à part des autres. Je tremblais encore de ma dernière émotion comme un pont sur lequel vient de passer, en tonnant, un ancien train en fer. J’avais conscience de moi. Or, seuls ont conscience d’eux-mêmes, seuls reconnaissent leur individualité, l’œil dans lequel vient de tomber une poussière, le doigt écorché, la dent malade. L’œil, le doigt et la dent n’existent pas lorsqu’ils sont sains. N’est-il pas clair, dans ce cas, que la conscience personnelle est une maladie ?

Leningrad : Bref

Ленинград — Короче
Ерунду ты говоришь, что нам Лондон, что Париж.
Да шашлыка там нету даже, а картины в Эрмитаже.
Ты посмотришь, если чё, что Геракл, что качок,
Вон, спроси у нашей дочи!
Мы, короче, с ней хочем в Сочи.
Tu racontes des bêtises, que nous devons aller à Londres ou à Paris.
Mais là bas ils n’ont même pas de brochettes de viande, ou les peintures de l’Ermitage.
Regarde, si il le faut, ce qu’est Hercules, ce qu’est un vrai costaud,
Bon ben ouste, va demander à notre fille!
Bref, avec elle on va partir à Sotchi.
Спорить нет с тобою мочи. Мы, короче, хочем в Сочи.
Мы, короче, очень-очень, хочем в Сочи.
Покатавшись на « банане », в тапках и в одной панаме
Все, измазавшись в сметане фотки кинем твоей маме.
Поедим там чебуреков, нет таких у еврогреков.
Вон, спроси у нашей дочи! Мы с ней очень хочем в Сочи.
Спорить нет с тобою мочи. Мы, короче, хочем в Сочи.
Мы, короче, очень-очень, хочем в Сочи.
On peut pas discuter avec toi. Bref on veut aller à Sotchi.
Bref, nous avons très, très envie d’aller à Sotchi.
S’étant baladé en  «banane», en sandales et avec un panama
Tout barbouillé de crème, on envoie des photos à ta mère.
On va manger là-bas  des Tchebureks (chaussons à la viande), il y en a pas des comme ça chez les euro-grecs.
Bon ben ouste, va demander à notre fille!
Bref, avec elle on va partir à Sotchi.
On peut plus discuter avec toi. Bref on veut aller à Sotchi.
Bref, nous avons très, très envie d’aller à Sotchi.
Ты не спорь со мною даже! Пиво тёплое на пляже
Не заменит мне винища, что в Европе каждый нищий
Хлещет, сыром заедая. Не хочу совсем туда я!
Вон, спроси у нашей дочи. Мы, короче, с ней хочем в Сочи.
Спорить нет с тобою мочи. Мы, короче, хочем в Сочи.
Мы, короче, очень-очень, хочем в Сочи.
Tu ne discutes même pas avec moi! Une bière chaude sur la plage
Ne me remplacera pas la vinasse, qu’en Europe chaque mendiant
S’enfile, en dévorant du fromage. Je ne veux pas du tout y aller, moi!
Bon ben ouste, va demander à notre fille!
Bref, avec elle on va partir à Sotchi.
On peut plus discuter avec toi. Bref on veut aller à Sotchi.
Bref, nous avons très, très envie d’aller à Sotchi.