En Russie

Elysium: Je ne crois plus (au pays des miracles et des malédictions)

On a besoin en Russie encore plus ailleurs de croire en des miracles ou des malédictions. Et portant derrière ce besoin de croire du bon peuple, il y a des charlatans qui exploitent ouvertement la crédulité publique. Les exemples se trouvent à foison, rien que la semaine dernière la sortie du Film sur les aventures de jeunesse du futur Tsar Nicolas II, financé par les personnes les plus respectées de Russie et réalisé par le réalisateur Alexei Ouchitel adonné lieu à des incantations et malédictions de l’ancien porte parole de l’église orthodoxe du patriarcat de Moscou, Vsevolod Chaplin: Si ce film est montré, Dieu punira la Russie. Par une catastrophe naturelle ou par d’autres moyens ». Rappelons que Chaplin avait été mis à la porte pour s’être empiffré en public dans un Mac Donalds de Moscou en plein Saint Carême et qu’il avait justifié son geste en prétendant que les big Mac étaient préparés selon les saints canons de l’église, ce que la chaine de fast food américaine avait démenti… Cela ne l’empêche pas aujourd’hui de lancer des malédictions contre la Russie à cause d’un film de fiction qui passe dans les cinémas.

Le patriarcat de Moscou a bien évidement condamné ces malédictions de l’amateur de Big Macs en précisant qu’elle n‘engageaient que son auteur et aucunement l’église.

Pour ce qui est des miracles, il y en a beaucoup aussi: la députée et ancienne procureur générale de Crimée Natalia Poklonskaya avait rendu public le miracle du buste du Tsar Nicolas II se mettant à pleurer, de larmes divines.

Bien entendu, on pourra rétorquer que faire pleurer un buste de métal, fait un peu artraction de foire. Mais il y a d’autres miracles comme faire couler des sources asséchées. Le célèbre héros roux et sanguinaire du Donbass, Arsen Pavlov, Motorola de son nom de guerre avait ce pouvoir de faire couler outre le sang, l’eau aussi. C’est du moins ce que mardi la chaine Russie 24 relayait, s’appuyant sur l’agence de presse de la république de Donetsk.

C’est donc dans ce contexte que l’on écoute ces Punks de Nijni Novgorod:

Элизиум – Не верю
Куплет 1:
От Моисея и до фарисеев.
Зерна неправды по миру посеяв.
Старые басни, по новому кругу.
Вновь оживляют надежду на чудо.
Главные роли давно уже проданы.
Под соусом модным, кушанья поданы.
Пророк Мухаммед в обнимку с Иисусом.
Сказки для бедных с иcпорченным вкусом.
Couplet 1:
De Moïse aux pharisiens.
Grains sont semés de par le monde.
Les fables anciennes, dans de nouveaux cercles.
Ils ravivent l’espoir d’un miracle.
Les rôles principaux ont longtemps été vendus.
Les plats sont servis accompagnés d’une sauce à la mode.
Le Prophète Mohammed et Jésus sont enlacés.
Des contes de fée pour les pauvres avec un goût qui s’est gâté
Припев:х2
Я – больше не верю.
Ни человеку, ни зверю.
Я больше не буду.
Верить в фальшивое чудо.
Refrain: x2
Je ne crois plus.
Ni l’homme ni la bête.
Je ne le ferai plus.
De croire en un faux miracle.
Куплет 2:
От Моисея и до фарисеев.
Ходит по миру эта идея.
Единый Творец разводит ладони.
Над картой решает, кто жизни достоин.
Разные боги с различными судьбами.
Время по ветру полощется кудрями.
Как удержаться от вывода ложного.
Ведь хочется нам всегда невозможного.
Couplet 2:
De Moïse aux pharisiens.
Cette idée est sur le chemin du monde.
Le créateur unique étend ses mains.
Sur la carte et décide qui est digne de vivre.
Différents dieux avec des destins différents.
Le temps est battu par le vent comme des boucles.
Comment se garder de tirer de fausses conclusions.
Après tout, nous voulons toujours l’impossible.
Припев:х4
Я – больше не верю.
Ни человеку, ни зверю.
Я больше не буду.
Верить в фальшивое чудо.
Refrain: x4
Je ne crois plus.
Ni l’homme ni la bête.
Je ne le ferai plus.
De croire en un faux miracle.

Élections ou érections? (réservé aux plus de 18 ans)

Continuons sur le climat de dégradation de la vie politique. Nous avons vu que la stabilité politique du pays n’était pas de nature à mobiliser la jeunesse vers les bureaux de vote pour le mois de mars 2018. Et pourtant, c’est important car les manifestations du mois de mars 2017 contre la corruption à l’appel d’Alexei Navalny a su faire sortir dans la rue lycéens et étudiants avec des canards et des chaussures de sports (objets hautement interdits lors des manifestations car ils symbolisent la corruption et l’enrichissement personnel du premier ministre en exercice). Le journal Maxime a donc imaginé une séance de photographies érotiques sur l’idée le droit de vote est interdit aux moins de 18 ans, et l’érotisme aussi. Donc associons les deux. Faisons des photos érotiques dans un bureau de vote.

Le résultat est calamiteux en terme d’image. Ça donne l’idée que la politique c’est un bordel, les hommes politiques des prostituées au service du crime organisé et ceux qui se font *** ce sont les citoyens.

On notera au passage que deux candidates blondes et sexy se sont déclarées jusqu’à présent. Et les russes spéculent sur le nom des suivantes Tina Kandelaki, Anna Chapman, Lena Letuchaya?

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Tout d’abord Xénia Sobtchak, la fille de l’ancien maire de Saint Petersbourg qui a notamment posé en petite tenue de façon aguichante  non seulement dans les magazines mais aussi dans les journaux car elle est une personnalité importante, glamour et provocatrice, dont toutes les frasques font le quotidien de l’information russe. Sa candidature a d’ailleurs suscité des blagues sur le niveau très bas de la politique:

« Dans le pays c’est le bordel, c’est le bardak
Alors votez pour Xénia Sobtchak »

L’autre candidate est une autre animatrice, Ekaterina Gordon qui se présente comme la seule opposante à Vladimir Poutine, dit-elle, et compte défendre les droits des mères et des enfants (les seules familles en Russies car elle semble très remontée contre son ex-mari et les hommes russes en général).

Il est vrai que les candidats traditionnels qui occupent l’espace politique russe depuis Vladimir Jirinovski à Gennady Zyuganov ne sont pas de toute première fraicheur et pour motiver les électeurs il faudrait de nouvelles têtes.

Dimitri Chourov: Au service du peuple

La fin octobre fut marquée en Ukraine par la sortie de l’excellente série humoristique « au service du peuple », Слуга Народа, ou en ukrainien puisque les génitifs sont différents Слуга Народу.
La série est essentiellement en russe même si on se moque de la mauvaise maitrise de l’ukrainien par les personnages et qu’il y a quelques blagues en ukrainien. L’argument est très simple, un homme, un prof d’histoire en l’occurrence, qui n’accepte pas l’idée même de corruption se retrouve propulsé à la présidence de l’Ukraine, un pays où la corruption est profondément ancrée dans les pratiques. Il n’aime pas dépenser inutilement l’argent public au point qu’il se déplace parfois à vélo (alors que Kiev est une ville particulièrement escarpée!).

Voici donc la chanson de générique:

Дмитрий Шуров (Pianoboy) – Саундтрек * Слуга Народа * песня Я люблю свою страну
Я люблю свою страну,
люблю свою жену,
люблю свою собаку.
J’aime mon pays,
j’aime ma femme,
j’aime mon chien.
Я всего на свете член,
почти что супермен,
но редко лезу в драку.
Знает весь двор мой приговор
– Слуга Народа.
Je suis membre de tout ce qu’il y au monde,
presque superman,
mais je cherche rarement la bagarre.
Toute la cour de mon immeuble connaît ma condamnation
– Je suis au service du peuple.
У меня почти всё есть,
достоинство и честь и даже крики « браво ».
Персональный самолёт
мне выделил народ.
А что? Имею право.
На животу (вот тут) набью тату
– Слуга Народа.
J’ai presque tout,
La dignité et l’honneur et même des cris de « bravo ».
Le peuple m’a assigné
Un avion personnel.
Et quoi? J’ai le droit.
Sur le ventre (ici là) je vais mettre un tatouage,
– Au service du peuple.

Les deux premiers épisodes de la seconde saison sont ici:

Les suivants sont de même sur la page youtube de la série.

Dessins animés politiques anti-Navalny

Comme dans toutes les grandes campagnes électorales russes, il y a des dessins animés pour guider l’électorat. Cette série de petites animations est sensée ridiculiser Navalny et ses partisans.

Elle est diffusée essentiellement sur youtube et est proposée massivement aux internautes, dans le cadre des vidéos qui font la tendance (la section trending ) ou peut être dans le cadre d’un programme publicitaire. Toujours est il que les internautes n’ont en général pas l’air d’apprécier l’humour, un peu lourd il est vrai, que ces clips contiennent. Leur le seul but est de stigmatiser Navalny et ceux qui auraient quelque sympathie pour sa cause. Il y a beaucoup « de dislikes », parfois jusqu’à 5 fois plus que de « like » preuve que ils ne font pas vraiment mouche. Il y a de l’argent pour discréditer Navalny en ligne, par des commentaires payés, des clips musicaux comme Alica Vox ou Dimitri Vetchennikov ou encore ces petits films d’animation. Mais c’est en général très mal fait, repose sur l’intimidation, provoque un petit malaise et on en vient même à avoir pitié de leur cible.

Le dernier en date s’appelle la trahison, il est sorti aujourd’hui même et montre le jour du scrutin des élection présidentielles russe, le 18 mars 2018 donc, dans un bureau de vote normal, un jeune homme prend un bulletin va dans l’urne et se rend compte que Navalny n’est pas sur le bulletin de vote. Il a alors des larmes pensant romantiquement au monde merveilleux des manifestations illégales et des arrestations de la police. Son rêve s’arrête lorsqu’un pote lui texte que GTA VI est sorti. Il se précipite alors au dehors et annule sous un prétexte bidon tous ses engagements ultérieurs pour pouvoir jouer à la console. Navalny a été trahi par ses partisans qui sont des débiles et qui oublié de voter pour lui et d’aller à ses manifs à cause d’un jeu vidéo.

Les autres épisodes de la série sont: le fiasco des manifestations, le temps des mesures radicales (un garçon qui glisse sur une peau de banane est une victime du régime), la ligue de la justice (Navalnam est le Batman justicier qui ne fait que des vidéo et laisse tomber les victimes), les enquêtes de FBK qui aboutissent au tricotage d’un pull, tout est de la faute du Kremlin (les SDF qui puent par ex.), qui marche pour Navalny (des zombies bien sûr).





Mumiy Troll – Vladivostok 2000

La banque centrale russe a sorti des nouveaux billets de banque de 200 et 2000 roubles. Le projet était annoncé depuis un moment, au printemps on avait d’ailleurs publié le projet de billets, l’un représentant la Crimée et l’autre Vladivostok en extrême orient.
La surprise vient du fait que le design a été revu pour se distinguer des billets déjà existant et prendre un look plus européen, plus moderne.

Consacrer le billet de 2000 à Vladivostok semblait évident pour les amateurs de musique, en effet il y a une vieille chanson de Moumy Troll qui s’appelle justement Vladivostok 2000. La voici:

Мумий Тролль — «Владивосток 2000»
С гранатою в кармане, с чекою в руке,
Мне чайки здесь запели на знакомом языке.
Я подходил спокойно – не прятался, не вор,
Колесами печально в небо смотрит круизер.
Avec une grenade dans la poche, la goupille dans la main,
Les mouettes se sont mis à me chanter quelque chose dans une langue familière.
Je me suis approché doucement – je ne me cachais pas, je ne suis pas un voleur,
Le croiseur avec les roues regarde tristement le ciel.
Когда туман растаял и проныла луна,
Со смены не вернулась молодая жена
Вода отравится, погаснет свет, утихнет звук.
К тебе я больше не вернусь – такой теперь я друг.
Quand le brouillard s’est dissipé et que la lune a percé,
La jeune femme n’est pas revenue de la relève
L’eau s’empoisonnera, la lumière s’éteindra, le son se calmera.
Je ne reviendrai plus vers toi – maintenant je suis un ami comme ça.
Уходим, уходим, уходим,
Наступят времена почище,
Бьется родная, в экстазе пылая,
Владивосток две тыщи.
Nous partons, nous partons, nous partons,
Des temps plus propres viendront,
La bien aimée palpite, flamboyante en extase,
Vladivostok deux mille.
В объятиях полупьяных женщин гибли моряки,
Тельняшки рвали и кололи прямо на груди.
Не сердце остановится, не будет слышен стук.
Ты свой последний танец танцевал уже без рук.
Dans les bras des femmes à moitié saoules, des marins sont morts,
Les gilets étaient déchirés et piqués directement sur la poitrine.
Le cœur ne s’arrêtera pas, il n’y aura pas de son.
Tu as déjà dansé ta dernière danse sans les mains.
Быть может, откопают через тысячу лет
В фантиках от жвачки и осколках монет,
Где вылизан весь берег, не дошел до волны,
Где рельсы вылезали из кармана страны
Peut-être qu’ils  déterreront dans un millier d’années.
Dans les emballages de Chewing gum et des débris de monnaie,
Là où tout le rivage léché n’a pas atteint la vague,
Où les rails sont sortis de la poche du pays
Уходим, уходим, уходим,
Наступят времена почище,
Бьется родная, в экстазе пылая,
Владивосток две тыщи.
Nous partons, nous partons, nous partons,
Des temps plus propres viendront,
La bien aimée palpite, flamboyante en extase,
Vladivostok deux mille.
Уходим, уходим, уходим,
Наступят времена почище,
Бьется родная, в экстазе пылая,
Владивосток две тыщи.
Nous partons, nous partons, nous partons,
Des temps plus propres viendront,
La bien aimée palpite, flamboyante en extase,
Vladivostok deux mille.
Уходим, уходим, уходим,
Наступят времена почище,
Бьется родная, в экстазе пылая,
Владивосток две тыщи.
Nous partons, nous partons, nous partons,
Des temps plus propres viendront,
La bien aimée palpite, flamboyante en extase,
Vladivostok deux mille.

Vassia Oblomov: une histoire à la frontière

Ces dernières semaines la rhétorique anti-américaine s’est amplifiée sur plusieurs sujets comme les nouveaux développement de l’enquête parlementaire contre les intrusions russes dans la campagne présidentielle américaine de l’an dernier (accusations raillée à coups de Pokemons), les nouvelles sanctions contre des hauts responsables, le rangement des drapeaux russes sur des bâtiments aux états unis, les interdictions de publicité pour les médias du Kremlin sur Twitter, le refus de la chaine RT de s’enregistrer en conformité avec la loi américaine sur les agents de l’étranger, l’extention de la loi sur les agents de l’étranger (en Russie cette fois) aux personnes physiques … Les sujets qui dressent des barrières entre américains et russes sont nombreux ces derniers jours.
Le chanteur Vassia Oblomov a ainsi imaginé que l’on s’en prenait maintenant à un petit cochon au motif que son avion venait de Washington.

Вася Обломов – Случай на границе
В последнюю неделю октября
Летела из Америки свинья.
Из Штатов прямиком в московский свет,
Как Русь внезапно выдала запрет
Американцам. Мол, мы сообщаем,
Что новые шаги предпринимаем.
Мы не пускаем больше их свиней
Без исключенья. Даже для детей.
La dernière semaine d’octobre
Un cochon est venu en avion d’Amérique.
Des États Unis directement en plein Moscou,
Comme si la Russie soudainement remettait une interdiction
Aux Américains. A ce qu’on dit, nous informons,
Que nous allons prendre de nouvelles mesures.
Nous ne laisserons plus passer leurs cochons
Sans exception. Même pour les enfants.
Во Внуково не приняли свинью,
Сказали ей какую-то фигню.
В отдельную кабинку проводив,
Пытались выяснить, каков ее мотив.
A l’aéroport de Vnukovo on n’a pas accepté de cochon,
On lui ont dit n’importe quelle connerie.
On l’a conduit dans une pièce séparée,
Et on a essayé de lui tirer les vers du nez pour connaitre ses motivations.
И пограничник молвил ей шутя:
Проблема, мол, не в том, что ты свинья.
И гневаться тебе здесь нет резона.
Проблема в том, что ты из Вашингтона.
Et le garde-frontière lui a dit en plaisantant:
Le problème, disent-ils, ce n’est pas que tu es un cochon.
Et tu n’as aucune raison d’être en colère ici.
Le problème c’est que tu viens de Washington.
Свинья визжала: мол, в Москве родня.
И вспомнила немного погодя,
Как в прошлый свой приезд бывала в ЦУМе,
А папа ейный трудится в Госдуме.
Le cochon poussa des cris perçants: mais puis ce que je vous dis que j’ai ma famille à Moscou.
Et rappela un peu plus tard,
Que lors de sa dernière visite, il avait été au grand magasin TsUM,
Et que son papa travaille à la Douma d’État russe.

Но пограничник оказался тверд.
Сказал ей: улетай, свинья, как bird.
Не надо нам ля-ля и мять резину.
Езжай-ка лучше ты на Украину.
Mais le garde-frontière s’est avéré être un dur.
Il lui dit: envole-toi, cochon, comme un oiseau.
On a pas besoin de la-la et d’écraser des pneus.
Tu ferais mieux d’aller en Ukraine.
Здесь вам не Штаты. Здесь народ мудрей.
Здесь место только для порядочных свиней.
Свинью отправили в Борисполь через Ригу.
И на прощанье показали фигу.
Вот так летала одинокая свинья
В последнюю неделю октября.
Ici vous n’êtes pas aux États Unis. Ici, les gens sont plus sages.
Ici c’est seulement pour les cochons honnêtes.
Le cochon a été envoyé à l’aéroport de Kiev-Boryspil via Riga.
Et en guise d’au revoir ils lui ont fait un doigt d’honneur.
Voilà l’histoire du cochon qui a pris l’avion tout seul
La dernière semaine d’octobre.

Manager i Rodina: dans le miroir de Staline

Difficile déstalinisation que nous chante ici Managuer. Dans les médias Francais sont sorties des interviews de Zakhar Prilepine pour la sortie de son roman fleuve chez actes sud l’archipel des Solovki. Dans le Monde et dans Telerama. Il y défend grosso modo l’idée que dans la société russe le seul moyen de lutter efficacement contre la corruption est la terreur Stalinienne.

Factuellement c’est faux, les répressions de masse n’ont pas entamé les fortunes des hommes les plus corrompus ni empêché le développement de la corruption à différents étages de la société, même s’il est vrai qu’envoyer tout le monde indifféremment pourrir au delà du cercle polaire favorise un turnover certain et peut procurer une joie malsaine à certains. Et ça c’est certain.

Cette chanson figure à la fin de l’album sorti en 2014 « sur l’ile bienheureuse » la musique et les paroles sont d’Oleg Soudakov leader du groupe et ancien responsable Nazbol de  Novossibirsk. Voilà toute l’ambiguité du regard en arrière vers Staline à partir d’un présent insatisfaisant.

О.Судаков Манагер и Родина -В зеркале сталина
Холодным летом пятьдесят третьего года
Пошатнулся ГУЛАГ и я подался на волю
Затравленная вера извивалась под ногами
Под осуждение вождя на веселом партсъезде
Par l’été cinquante-trois bien frais
Le Goulag s’est effondré et je me suis retrouvé libéré
La foi persécutée se tortillait sous les pieds
Sous la réprobation de notre leader au joyeux congrès du parti
Неужели Сталин не прав?

Язвительную улыбку распрямляли целиною
Пробуждая в реальность грандиозые думы
Покоряя с восторгом недра и звезды
и пусть мир содрогнётся на советскую удаль
Сталин оказался не прав

Serai-ce possible que Staline n’ait pas raison?

Dans la réalité des pensées grandioses en réveillant
Un sourire sarcastique redressent une terre en friche
Vainquant avec enthousiasme entrailles et les étoiles
Et que la bravoure soviétique fasse tressaillir le monde
Staline s’est avéré avoir tort

Реформы хлынули как камнепад
Приватизация провоцирует спад
Пенсионный фонд и коммунальный налог
Придушат да свалят с ног
Свобода!
Les réformes sont tombées comme les chutes de pierres
Les privatisations ont provoqué une récession
Fonds de pension et les taxes municipales
Nous étranglent et nous foutent par terre
Liberté!
Тяжко платить, обязан покупать
Хочу ходить, а надо отдыхать
Уроню на стол пожелтевшие очки
Подремлю, пока не вломятся торчки
Свобода!
C’est difficile de payer, je suis obligé d’acheter
Je veux marcher mais il faut me reposer
Je laisse tomber sur ​​la table mes lunettes jaunies
Je fais un somme tant que les camés ne se pontent pas
Liberté!
Замираю в российских датах
Путаюсь в кремлёвских пророках
Утопаю в православных грехах
Замороченный инфляцией и судьбой
Je reste figé dans les dates russes
Je confonds les prophètes du Kremlin
Je me noie dans les péchés orthodoxes
Persécuté par l’inflation et le destin
В аптеке я запинаюсь о льготы
Идушат циничные теледебаты
Всех обанкротило правое дело
скорей на воздух прогуливать тело
моё дряхлое тело
Моё ненужное тело
Безысходное тело
И всё таки Сталин был прав
À la pharmacie, je balbutie à propos des remboursements
Et les  débats télévisés cyniques m’étouffent
La cause juste a mis tout le monde en faillite
Et vite le corps a envie de se promener
Mon corps décrépit
Mon corps inutile
Ce corps inconsolable
Et pourtant, Staline avait raison

Le passé est un boomerang, l’amnésie russe de Véronika Dorman

Je ne sais plus qui a dit ça, mais le passé est un boomerang si on le lance au loin, il décrit une belle trajectoire semble s’éloigner mais il faut être près à le revoir revenir sans quoi on se le prend dans la figure.

C’est lundi la journée de commémoration des répressions politiques en Union Soviétique. Le trente octobre est souvent une journée grise froide et pluvieuse mais malgré ça les gens défilent pour dire les nom des victimes des répressions devant le monument aux morts sur la place de la Loubianka où siègent les services secrets. Le monument moscovite est simple, c’est une pierre non taillée qui vient des îles Solovki, laboratoire et symbole des répressions soviétiques et il fut érigé en URSS en octobre 1990.

Cette année étant donné que le 29 octobre est un dimanche la lecture sur la place de la Loubianka, des noms des personnes réprimées par le régime soviétique a lieu un peu plus tôt pour que chacun puisse s’y rendre.

Une foule immense fait la queue dans le froid pour pouvoir lire un nom, une profession, une date d’arrestation, d’exécution, et parfois la mention d’une personne qui a survécu ou dont le destin n’a pas encore été élucidé. Ainsi cette victime ne sera pas oubliée, on dit que l’on espère que ces répressions ne se reproduisent pas dans l’avenir, parfois on demande de se souvenir des victimes de la guerre civile, de la collectivisation ou de l’Holodomor ou l’on demande la libération des actuels prisonniers politiques ou de l’historien Iouri Dmitriev.

C’est dans ce contexte de difficile mémoire de l’épisode concentrationnaire que s’inscrit cet événement. On parle peu en effet des camps soviétiques dans l’espace public. Le célèbre journaliste Vladimir Pozner à pu s’étendre sur les horreurs Allemandes dans sa série télévisée faisant le tour d’Allemagne et qu’il soutient qu’il l’aurait fait également sur le GOULAG s’il avait fait un tour de Russie. Mais il ne l’a pas fait et tout cela reste bien sûr du conditionnel. Il n’y a pas eu de tour de Russie, pas de retour sur le passé concentrationnaire soviétique à la télévision. Ce manque explique facilement le succès de la commémoration populaire des répressions politiques.

Le livre de la journaliste Véronika Dorman que j’ai mis au début de cet article est assez court et très personnel, mais il éclaire de façon pertinente le regard russe actuel sur le passé. Il procède par une présentation historique des iles Solovki qui sont un symbole important, tout autant pour la Russie d’avant 1917 que l’Union Soviétique dans son développement du système concentrationnaire et enfin pour la Russie d’aujourd’hui avec le développement du tourisme nordique et la reprise en main par l’église orthodoxe de Moscou. Véronika Dorman visite régulièrement cet archipel nordique et c’est là que se trouve le point de convergence de la mémoire russe, de la sienne et de sa vie personnelle:

Mais là, sur cet archipel d’une parfaite beauté nordique où les nuits sans aube succèdent aux jours sans crépuscule, dans ce jeu d’îlots minéraux auxquels l’eau de centaines de lacs offre un miroir sans fond, au pied de ce monument d’architecture médiévale aux bulbes majestueux cerné d’un village éteint aux bâtis dévastés, parmi ces dizaines et centaines de pèlerins, de voyageurs et de simples curieux venus des quatre coins du pays, j’ai compris que les Russes que j’avais tant rêvé de rejoindre afin de ne faire plus qu’une avec eux, je les avais depuis toujours rattrapés car ils souffraient du même mal que j’endurais. Celui d’une impossible mémoire.

On regrettera quelque passages impressionnistes car au fond le lecteur que je suis s’intéresse surtout aux histoires, qu’elles soient personnelles, historiques ou romanesques mais assez peu aux tableaux un peu flous dressés rapidement que l’on trouve dans les carnets des journalistes. Il y a aussi des détails amusants comme le genre féminin à la lettre H, je croyais cela tout à fait tombé en désuétude, surtout depuis la personnification et l’homophonie de Georges Pérec dans W ou le souvenir d’enfance. Il me semble que maintenant si on écrit pas « l’histoire avec un grand H », on pense inévitablement aux blagues potaches un peu amères de Georges Pérec.

Ou encore autre chose qui fait sourire: le fait de placer le coup de Prague en 1968 (il y a confusion entre le coup de Prague de février 1948 et l‘invasion de la Tchécoslovaquie en Août 1968). Et enfin il y a la dernière phrase que j’ai relu une dizaine de fois et que je n’ai toujours pas comprise. Énigmatique.

« rien vraiment ne nous change car tout est écrit depuis toujours, sauf ce qui nous change sans vraiment nous changer, mais à moins de quoi il y aurait quelque chose d’essentiel que nous n’aurions pas compris« 

Pour revenir à l’essentiel du livre, la mémoire est évidemment importante, la triturer dans tous les sens avec une vision Orwellienne (« Celui qui contrôle le passé contrôle l’avenir. Celui qui contrôle le présent contrôle le passé ») finit très mal (sauf pour les éditeurs puisque 1984 est un best seller depuis très longtemps et c’est pas près de s’arrêter). Sachons voir le Boomerang qui nous revient.

Dans la Russie d’aujourd’hui, le présent inquiète et l’avenir effraie. Parce que la société ne parvient toujours pas à repenser son passé. On prône un oubli heureux d’hier pour ne pas créer de conflits entre les générations présentes et ne pas traumatiser les générations futures. On récite et on se raconte une histoire faite de triomphes, de victoires et de succès sur l’adversité : il faut bien éduquer la jeunesse dans la fierté et non dans la culpabilité et le repentir qui sont l’apanage des faibles alors que le monde entier nous menace. Chaque pays a ses squelettes, mais il faut verrouiller nos placards. La Russie est plus grande et plus riche que les pages sombres de son histoire, qu’il faut arrêter de ressasser. Parlons plutôt de ce qui fait sa grandeur, qui crée le sentiment de dignité. Tel est le discours officiel. C’est une propagande cohérente, conséquente, des mythes de la grandeur nationale qui fonde le patriotisme russe actuel au risque permanent de sombrer, sous le prétexte de l’agression, dans un nationalisme agressif.

Enfin terminons par un projet assez esthétique qui rend actuel les destins brisés par les répressions de masse:

Le graphiste moscovite Hasan Bakaev a pris des visages de personnes déportées réunies sur la page mémorielle La baraque immortelle et les a collés sur des photos actuelles de citadins stylés. Le résultat est étonnant, cela rend ces morts proches de nous tout en étant respectueux de leur mémoire.

Lord Pnevmoslon: on agite la b… dans un trou d’alcoolique

C’est vendredi alors il faut une chanson du vendredi, d’autant plus que les fêtes arrivent et la consommation d’alcool va augmenter sensiblement. Notons qu’après une courte autorisation la commercialisation du Boyarchnik est interdite à nouveau pour six mois (mais d’un autre coté le prix de la vodka ne devrait pas augmenter aux moins jusqu’aux élections).

Je suis pas bien sûr de ma traduction de Lord Pnevmoslon, mais en tout cas le clip c’est littéralement agiter la b— devant le Kremlin.

Лорд Пневмослон Машем хуями в алкогольной яме
Я хочу в любое время года,
Я хочу, чтоб видела страна,
Я хочу, чтоб видела природа,
И чтобы видел даже космонавт
A tout moment de l’année je veux,
Je veux que le pays voit,
Je veux que la nature voit,
Et que même un cosmonaute voit
Я хочу в любое время года,
Я хочу, чтоб видела страна,
Я хочу, чтоб видела природа,
И чтобы видел даже космонавт
A tout moment de l’année je veux,
Je veux que le pays voit,
Je veux que la nature voit,
Et que même un cosmonaute voit
Как машем хуями в алкогольной яме,
Машем вам хуями из алкогольной ямы.
Как машем хуями в алкогольной яме,
Машем вам хуями из алкогольной ямы.
Comment on agite la bite dans un trou d’alcoolique,
On vous agite la bite d’un trou d’alcoolique.
Comment on agite la bite dans un trou d’alcoolique,
On vous agite la bite d’un trou d’alcoolique.
Я всегда мечтаю о великом,
О прекрасном все мечтаю я.
А тот момент, что не вяжу я лыком,
И движенье в области хуя.
Je rêve toujours de grandeur,
Je ne rêve que de beauté.
Et moment où je suis bourré comme un coing,
Et que ça s’agite au niveau de ma bite.
Я хочу в любое время года,
Я хочу, чтоб видела страна,
Я хочу, чтоб видела природа,
И чтобы видел даже космонавт
A tout moment de l’année je veux,
Je veux que le pays voit,
Je veux que la nature voit,
Et que même un cosmonaute voit
Как машем хуями в алкогольной яме,
Машем вам хуями из алкогольной ямы.
Как машем хуями в алкогольной яме,
Машем вам хуями из алкогольной ямы.
Comment on agite la bite dans un trou d’alcoolique,
On vous agite la bite d’un trou d’alcoolique.
Comment on agite la bite dans un trou d’alcoolique,
On vous agite la bite d’un trou d’alcoolique.
Как машем хуями в алкогольной яме,
Машем вам хуями из алкогольной ямы.
Как машем хуями в алкогольной яме,
Машем вам хуями из алкогольной ямы.
Comment on agite la bite dans un trou d’alcoolique,
On vous agite la bite d’un trou d’alcoolique.
Comment on agite la bite dans un trou d’alcoolique,
On vous agite la bite d’un trou d’alcoolique.

Zelim Bakaev & Elbika : Tu me manques

Le chanteur Zelim Bakaev est porté disparu depuis le début du mois d’août, c’est à dire le moment où il s’est rendu en Tchétchénie. Les médias russes en ont parlé d’abord pour signaler sa disparition inquiétante puis au mois de septembre pour signaler sa fausse réapparition encore plus inquiétante. Au mois d’octobre ce sont les médias occidentaux qui sortent des articles s’appuyant sur une source ayant la certitude qu’il a été torturé et tué pour son homosexualité réelle ou supposée.

Ce sera difficile d’avoir des détails vérifiés étant donné le climat de peur actuel. Mais ce qui est certain c’est qu’il manquera à beaucoup, sauf bien sûr aux autorités Tchétchènes puisque d’après les mots du ministre de l’information justifiant qu’il n’avait pas été enlevé par le pouvoir en place : « Никакие органы его не забирали, никому он 100 лет не нужен»  personne n’a du tout besoin de lui (pendant 100 ans).

Зелим Бакаев & Эльбика – Не хватает тебя
Когда я уйду, не останется нечего, только музыка, яркие лучи все также будут падать на город, согревая усталую толпу, в которой больше нет меня. Так хочется заплакать, но душа просто пуста, наверно мне не зачем больше жить…
до самой смерти я буду вспоминать твои глаза, жесты и усталую улыбку. Я тебя никогда не увижу…я тебя никогда не забуду…теперь все…
Quand je partirai, il ne restera plus rien, sinon de la musique, des rayons du soleil tomberont de la même façon sur la ville, réchauffant la foule fatiguée, dans laquelle je ne serai plus. Alors je voudrais pleurer, mais mon âme est juste vide, je n’ai probablement plus de raison de vivre …
Jusqu’à la mort, je me souviendrai de tes yeux, de tes gestes et de ton sourire fatigué. Je ne te verrai plus jamais … Je ne t’oublierai jamais … maintenant c’est tout …
I
Ты уезжаешь, в город далекий,
Пения птиц на мгновенья замолкли.
В песне печальной и грустной дождя,
Образ знакомый твой будет всегда со мной.
Мне не хватает тебя…
I.
Tu pars dans une ville lointaine,
Le chant des oiseaux s’est arrêté un instant.
Dans la chanson de la pluie mélancolique et  triste,
Ton image que je connais bien sera toujours avec moi.
Tu me manques …
Припев.
Слышишь ли ты меня? Где мне искать тебя?
Письма твои храню, встречи с тобой я жду.
Помню твое лицо, как же ты далеко,
Сердце мое болит, кажется года миг, без тебя.
Refrain.
M’entends-tu? Où dois-je te chercher?
Je garde tes lettres, j’attends nos rencontres.
Je me souviens de ton visage, qu’est ce que tu es loin,
Il semble que mon cœur me fait mal quand je passe un instant sans toi.
II
В сумраке улиц, мне одиноко,
С нами судьба обошлась так жестоко.
Ветер уносит куда-то слова,
Милая ты не грусти, позови меня.
Я не могу без тебя…
Я для тебя готов, море дарить цветов,
Только тебя я жду, ты приезжай, прошу.
Мне только ты одна в мире большом нужна,
Грусть прогони мою, слышать хочу – люблю, от тебя……Не останется ничего… только музыка…
II
Dans le crépuscule des rues, je me sens seul,
Le destin a été si cruel avec nous.
Le vent emporte les paroles quelque part,
Chérie, ne sois pas triste, appelle-moi.
Je ne peux pas vivre sans toi …
Pour toi je suis prêt à offrir un océan de fleurs,
Je n’attends que toi, viens, s’il te plaît.
Dans ce monde immense je n’ai besoin que de toi,
Chasse ma tristesse, je veux entendre – que tu dises je t’aime,  …… Il ne restera rien … sinon de la musique …