En Russie

En cherchant Lénine


Lénine est omniprésent en URSS, sur les places centrales, mais aussi dans les quartiers, les usines, les écoles… C’est en Ukraine qu’il était le plus présent 5500 monuments alors que dans toute la Russie il n’y en avait que 7000. C’était pas seulement un élément du paysage mais un objet de culte, les petits enfants devaient lui apporter des fleurs rouges. A la chute de l’URSS on a bien sûr débaptisés quelques rues, mis quelques statues au rebut mais pour l’essentiel il demeurait en place. Depuis la révolution du Maidan de 2014, les Léninopads et les lois de décommunisation de 2015 les statues Lénine ont disparu des emplacements officiels, mais toutes n’ont pas été refondues. Beaucoup trainent dans la nature, ou bien on été customisées, transformées en d’autres personnages. C’est à la recherche de ces images loufoques que sont partis Niels Ackermann et Sébastien Gobert. Le texte introductif est signé Myroslava Hartmond. Les photographies de Niels Ackermann sont percutantes, elles donnent vie à des monuments déchus et souvent endommagés ou dénaturés dans des environnements inattendus. Les textes de Sébastien Gobert donnent la parole aux Ukrainiens et montre bien la diversité des paroles et la grande confusion qui règne dans l’esprit de certains. Il y avait même une femme qui se signait en passant devant la statue.

Les lois dites de décommunisation d’avril 2015 avaient tenté de donner un cadre au mouvement. Mais plutôt que d’apporter des réponses, elles soulevaient de nombreuses questions. Qu’est ce que la décommunisation Pourquoi? Qu’est ce qui vient après ? où sont parties ces statues de Lénine qui ont été escamotées de l’espace public? qu’est ce que les Ukrainiens veulent faire de ces vestiges du passé? que veulent ils faire de leur passé en général? Et Lénine de Bessarabska, qui avait suscité tant de passions, où est il? 

Ce que je regrette toutefois c’est que tous les témoignages sont jetés dans le livre comme des détritus, tous de la même façon sans aucune hiérarchisation ou mise en perspective et c’est imprimé sur fond de détails de billets de banque. Que le lecteur se débrouille. C’est une collection éparse de témoignages et photographies. Par exemple Ioulia Shukan, enseignante à Paris X est présentée au cotés d’Achot, un gars de Volnovakha, Volodymyr Viatrovitch, directeur de l’institut de la mémoire nationale est présenté au coté d’une vieille dont on s’est même pas donné la peine de lui demander si elle avait un nom à Chabot. C’est du grand n’importe quoi qui va à l’encontre même des principes de l’éthique journalistique, on mêle les interviews de spécialistes et le micro-trottoir de péquenauds de base sans rien préciser. C’est peut un choix artistique de l’éditeur mais un mauvais choix en tout cas.

Le livre n’en est pas moins un témoignage fort d’une époque qui restera dans l’histoire et auquel on ne prête pas forcément assez attention.

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