Vladimir Vissotsky : Parabole sur la vérité et le mensonge

Dans le contexte russe actuel il est intéressant de remarquer que la mémoire du chanteur est invoquée tant du coté Ukrainien que du coté anti-Ukrainien, et plus largement le chanteur est brandi aujourd’hui tant par les anti-soviétiques que par… les pro-soviétiques! Que dirait Vissotsky s’il était encore vivant, la question ne pourra jamais être tranché puisqu’il est mort et ce qui compte c’est ce que disent les vivants aujourd’hui et comment ils utilisent les chansons d’autrefois dans le contexte actuel. Ce clip sur la chanson la parabole en est un excellent exemple.
La traduction est de Michèle Kahn.

 

Притча о Правде и Лжи- Владимир Высоцкий
Нежная Правда в красивых одеждах ходила,
Принарядившись для сирых блаженных калек,
Грубая Ложь эту Правду к себе заманила,
Мол,оставайся-ка, ты, у меня на ночлег.
La douce vérité s’en venait, vêtue de beaux atours:
Elle s’était ainsi parée en l’honneur de pauvres infirmes simplets.
La vile menterie attira la vérité dans son antre:
« Reste donc dormir chez moi », lui dit-elle.
 И легковерная Правда спокойно уснула,
Слюни пустила и разулыбалась во сне,
Хитрая Ложь на себя одеяло стянула,
В Правду впилась и осталась довольна вполне.
Et la crédule vérité s’endormit paisiblement,
Les lèvres humides, souriant dans son sommeil.
La menterie rusée prit toute la couverture,
S’agrippa à la vérité et se réjouit bien fort.
И поднялась,и скроила ей рожу бульдожью,
Баба,как баба,и что ее ради радеть.
Разницы нет никакой между Правдой и Ложью,
Если ,конечно,и ту,и другую раздеть.
Elle se leva, fit sa gueule de bouledogue et se dit:
« Tout à fait quelconque, cette bonne femme, pourquoi en faire un plat?
Je ne vois aucune différence entre la vérité et la menterie.
A condition bien sûr qu’on soit nues toutes les deux ».
 Выплела ловко из кос золотистые ленты
И прихватила одежды примерив на глаз.
Деньги взяла и часы,и еще документы,
Сплюнула,грязно ругнулась и вон подалась.
Elle défit habilement les rubans dorés qui ornaient ses tresses
Et saisit ses vêtements: comme taille, ça pourrait aller.
Elle pris son argent, sa montre et ses papiers,
Lança une injure, un crachat et fila.
Только к утру обнаружила Правда пропажу
И подивилась себя оглядев делово.
Кто-то уже раздобыв где-то черную сажу,
Вымазал чистую Правду, а так ничего.
Ce n’est qu’au matin que la vérité constata le vol.
Elle s’inspecta avec soin et lut tout étonnée:
Quelqu’un s’était déjà procuré de la suie
Et en avait enduit la pure vérité, mais rien de plus. 
Правда смеялась,когда в нее камни бросали.
« Ложь,это все и на Лжи одеянье мое. »
Двое блаженных калек протокол составляли
И обзывали дурными словами ее.
La vérité se mit à rire quand on lui jeta des pierres.
« Tout ça, c’est de la menterie, et la menterie, elle a mis mes habits ».
Deux infirmes simplets dressèrent procès-verbal
Et la traitèrent de tous les noms.
Тот протокол заключался обидной тирадой,
Кстати,навесили правде чужие дела.
Дескать,какая то мразь называется Правдой,
Ну, а сама пропилась, проспалась догола.
Ce procès-verbal s’achevait par une tirade vexante
(D’ailleurs, on lui colla des affaires où elle n’était pour rien)
– Une espèce de traînée se fait passer pour la vérité,
Alors, elle a tout bu, elle a bu jusqu’à sa chemise.
Голая Правда божилась,клялась и рыдала,
Долго скиталась,болела,нуждалась в деньгах.
Грязная Ложь чистокровную лошадь украла
И ускакала на длинных и тонких ногах.
La vérité jurait ses grands dieux en sanglotant.
Elle erra longtemps, tomba malade, seule; sans argent.
La sale menterie s’empara d’un pur sang
Qui partit au galop sur ses longues jambes fines.
 Некий чудак и поныне за Правду воюет,
Правда в речах его Правды на ломаный грош,
Чистая Правда со временем восторжествует,
Если проделает то же,что явная Ложь.
Il y a un original qui combat toujours pour la vérité
Mais dans ses paroles. Il n’y a pas un sou de vrai.
Il dit que la vérité finira par triompher
Si elle agit de même que la menterie déclarée.
 Часто разлив по 170 граммов на брата,
Даже не знаешь куда на ночлег попадешь.
Могут раздеть,это чистая Правда,ребята,
Глядь,а штаны твои носит коварная Ложь,
Глядь,на часы твои смотрит коварная Ложь,
Глядь,а конем твоим правит коварная Ложь.
Souvent, on se verse un petit verre par tête de pipe
Et on ne sait pas trop où on passera la nuit.
On peut se retrouver tout, nu c’est la vérité vraie, les gars.
Tu fais pas gaffe et la menterie perfide enfile ton falzar.
Tu fais pas gaffe, elle s’approprie ta montre.
Tu fais pas gaffe, elle mène ton cheval.
  © Michèle Kahn. Traduction, 1977

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