En Russie

Le cas Pavlenski

Piotr Pavlenski est certainement l’artiste russe le plus déroutant de ces dernières années. Il ne produit rien et contente de se mettre dans une situation qui force la société l’entourant à réagir. Cette vision de l’art dans le courant actionniste est bien entendu assez mal comprise. Certains médias l’encensent d’autres le dénoncent comme étant la honte de la société. Présenté par magazine Snob comme le nouveau Répine, beaucoup ne comprennent pas qu’il ne produise rien: Répine tout le monde a vu ses tableaux les célèbres, mais Pavlenski, où sont ses tableau? ou même ses dessins ou même quoi que ce soit qui puisse s’exposer?

La chanson de Chtabelia: Clou, Marteau, œuf qui a été adaptée dans un nouveau clip au mois de septembre en témoigne bien de cette mécompréhension.

Non Pavlenski n’est pas Picasso. C’est même exactement le contraire, Picasso produisait beaucoup d’artéfacts, peintures, dessins, sculptures… Beaucoup, c’était une machine à produire. Pavlenski ne produit rien, il réalise quelques rares performances sur son corps mais c’est tout. Le livre qu’à publié Louison éditions l’an dernier n’est pas non plus une production, Piotr Pavlenski n’a rien écrit. Il s’agit seulement d’un recueil d’entretiens et de témoignages. L’artiste est un esprit brillant, cultivé, raisonnant et déterminé, agréable à écouter mais il prend à rebrousse poil le monde de l’art et le monde dans son ensemble.

Il a du fuir la Russie en 2017 en raison d’une affaire d’agression sexuelle montée contre lui et a naturellement trouvé asile en France. Mais à la mi-octobre il a voulu commémorer à sa manière la révolution russe de 1917 baignée dans l’atmosphère de la prise de la bastille. N’oublions pas que l’hymne russe fut alors la marseillaise des travailleurs, le mythe de la révolution française est fondateur pour les russes. Il a donc choisi de faire un feu au petit matin devant une succursale de la banque de France, près de la place de la Bastille.  Les photographes ont pu immortaliser sa performance et filmer son arrestation. En revanche ses démêlés judiciaires se sont passé à huis clos, si bien que l’œuvre manque de public. Pour protester contre ce manque de publicité des débats il a opté pour une grève de la faim sèche, particulièrement dangereuse, si bien qu’il a été alimenté de force.

Son éditrice a publié aujourd’hui Natalia Turine sur son blog une tribune provocatrice pour que l’on prête attention au cas Pavlenski. L’artiste anti-Poutine, doit-il mourir pour parachever son œuvre? Cette polarisation pro-Poutine et Anti-Poutine est un choix d’éditrice, le choix de déplacer le débat politique pour attirer l’attention et la compassion sur Pavlenski, mais qui est totalement faux. Pavlenski n’est pas Anti-Poutine, surtout dans sa vie Française. Il est anarchique, il est contre toute forme d’institution. Il n’a ni compte bancaire, ni aide sociale, ni salaire, ni logement, ni rien qui permette de fixer l’individu moderne dans ses relations avec l’état et les corps constitués. Sa détention provisoire pour avoir détérioré deux fenêtres d’une succursale de la banque de France et avoir fait du tapage matinal dans un quartier de fêtards n’est pas vraiment justifiée,  pas plus que le tribunal et le juge d’application des peines ne travaillent à huit clos. Mais étant donné le caractère radical de l’artiste anarchique on comprend la réaction extrêmement ferme de la justice dans une situation ou les groupuscules d’extrême gauche sont la hantise de l’état en ce moment. Des dégradation et des violences contre les fonctionnaires qui sont la routine de l’extrême gauche française, Pavlenski se propose de faire une révolution mondiale sans plus ni état, ni banque. Le programme est en effet sonne d’une façon terrible pour les fonctionnaires ou même tout citoyen français habitué à côtoyer dans quotidien l’état, l’argent, la banque.

Les médias russes ironisent beaucoup sur la situation: la France s’avère un état beaucoup plus dur que la Russie dans la répression contre les artistes. La liberté de créer et de penser n’existe pas en France, pour une simple détérioration de deux fenêtres, Pavlenski et son épouse sont maintenus en détention avant un éventuel procès au secret. Et personne ne s’en offusque; au contraire c’est accepté par les médias et la société. Alors que pour moins que ça tout le monde se déchainait contre la Russie, preuve que la russophobie existe bien?! En fait l’idée d’utiliser du feu et dégrader un bien appartenant à autrui est une mauvaise idée car l’article 322-6 du code pénal prévoit jusqu’à 10 ans de prison, et le fait d’être anarchiste n’arrange rien.  On a tous en tête les images de la voiture de police brûlée par des militant d’extrême gauche. Anarchiste + feu + dégradations est un mélange qui ne passe pas en France en ce moment. L’interpellation musclée mardi dernier d’Antonin Bernanos, figurant de l’affaire de voiture de police brûlée à Paris en 2016 en témoigne bien. Pavlenski a beau être un artiste et faire des dégradation mineures sans violence contre les personnes, il ne peut s’abstraire de ce contexte français, et il ne s’agit pas de russophobie, de Poutinophobie, de duplicité de ce fourbe occident…

Pavlenski témoigne dans une lettre rendue publique fin novembre, à l’issue de sa terrible grève de la faim: jamais en Russie son traitement a été aussi strict quant à la publicité des débats. C’est une situation « monstrueusement sauvage ». Cette semaine l’excellent média couvrant les prisons MediaZona consacrait un article sur les conditions de détention en France de Pavlenski à Fleury Merogis.

L’inénarrable Dmitry Kiselev consacre régulièrement des sujets à Piotr Pavlenski: au mois d’octobre et de novembre, il était particulièrement ironique face à l’attitude française.


 

 


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